Les "500 connards" persistent et signent
Jacques Attali consacre l'éditorial de la semaine de son site Internet au rallye Paris-Dakar.
C'est ici : http://www.attali.com.
"Quand des enfants meurent parce qu'un camion de rallye passe en trombe dans leur village, en soulevant beaucoup moins d'émotion que le 20e anniversaire de l'accident dont furent victimes certains participants et organisateurs, je pense à la chanson que Renaud écrivit sur la mort de Coluche, motard renversé, lui aussi, par un camion. Le Paris-Dakar, qui n'est plus que «le Dakar», parcourt depuis près de trente ans un continent de misère en ne lui apportant absolument rien d'utile, quoi qu'en disent les organisateurs, sinon d'infimes miettes, insultantes parce que dérisoires. Les pays traversés ne sont en fait qu'un champ d'aventures pour des pilotes en quête d'émotions fortes, pour des entreprises en mal de publicité et pour des téléspectateurs européens à qui il permet d'avoir bonne conscience en leur donnant à voir l'Afrique comme un désert où quelques rares villageois rieurs applaudissent au spectacle de bolides lancés à pleine vitesse.Il n'y a pas grand-chose à rajouter. Tout est dit et bien dit.
Et pourtant, l'Afrique va de plus en plus mal: la misère augmente; les épidémies se propagent; les Etats se désagrègent; l'aide internationale diminue. Aujourd'hui, 320 millions d'habitants du continent, sur 900 millions, vivent avec moins de 1 euro par jour et plusieurs dizaines de millions d'entre eux sont en situation de famine; 26 millions sont malades du sida, soit les deux tiers de toutes les victimes de la planète; et plus encore sont atteints du paludisme, de la bilharziose et d'autres pathologies liées à la pauvreté.
Le rallye n'y est pour rien, évidemment, mais il est de plus en plus obscène dans un tel contexte: imagine-t-on une course de formules 1 dans les rues de Calcutta? un tour cycliste de la Tchétchénie? un marathon au Darfour? Non, naturellement. Et pourtant, aucune autorité ne décidera jamais la suppression du Dakar: trop d'entreprises occidentales et trop d'autorités locales en attendent un profit. De plus, il n'existe aucune autorité internationale capable d'imposer un principe moral supérieur. Son existence même restera comme le symbole du refus de l'Occident d'entendre les mauvaises nouvelles et de sa volonté farouche de les masquer derrière tous les paravents imaginables.
Au moins pourrait-on utiliser ce rallye, et tous les autres événements du même genre, de plus en plus nombreux, pour faire connaître la situation des pays traversés et pour mobiliser les institutions supposées s'occuper de l'Afrique. Pourquoi ne pas exiger des sponsors qu'ils dépensent une somme équivalente en projets de développement dans les pays concernés? Pourquoi ne pas imposer que le Dakar ne traverse plus des dictatures, qu'il finance, dans toutes les villes où passe la course, un Forum social mondial comme celui qui commence à Caracas cette semaine, afin d'alerter l'opinion mondiale sur les problèmes du sida, du paludisme, du coton, de la désertification et pour mettre en valeur les formidables potentialités agricoles, industrielles, artistiques de ces pays magnifiques? On peut toujours rêver."
Mais quand le meilleur des "500 connards" s'exprime, ses propos méritent un qualificatif un peu plus sévère que celui de "malheureux."
On trouvera l'article ici
Les propos malheureux de Luc AlphandVoir aussi l'excellent commentaire dans le blog de Dominique Strauss-Kahn.
Propos étonnants de Luc Alphand dans l'édition du JDD d'hier (15 janvier 2006), à propos des drames qui ont marqué le Dakar.
A la question, "Savourez-vous votre victoire ?", Luc Alphand répond : "On n'a pas du tout la même vision des choses. Vous, de là-haut, avec un gros titre : "Le Dakar tue" Et moi, qui sors de ma bagnole, où on s'est défoncé tous les jours à faire 800 bornes, avec les efforts que ça représente toute l'année pour s'entraîner, pour développer les voiture. Alors oui, je le dis : je suis heureux d'être là et d'avoir gagné cette course. Même s'il faut avoir une pensée pour tout ce s'est passé, ça ne va pas gâcher ce que je ressens, ce que j'ai accompli."
Luc Alphand veut-il dire par là qu'il a tellement travaillé, que l'épreuve fut tellement difficile (ce dont on ne doute pas), qu'il ne faut pas venir l'importuner avec ces considérations parisiennes, et venir gâcher son bonheur ?
Dans la même interview, le coureur dira : "Mais, il y a beaucoup d'enfants qui font les idiots en sortant de l'école, chez nous en France". Et il y en a sûrement beaucoup qui se font renverser en ville tous les jours. C'est malheureux " (SIC)
Sauf qu'il n'y a pas de courses de rallye près des écoles françaises, et que l'organisation des épreuves en France n'a rien de comparable au niveau de la sécurité avec ce qui se fait en Guinée et au Sénégal. Maintenant, si Luc Alphand apprécie les comparaisons, que pense-t-il de l'impact qu'aurait eu cette tragédie si elle s'était déroulée dans un village français ? Aurait-il eu les mêmes propos ?
Luc Alphand poursuit son interview et dit que ce drame ne remet pas en cause l'existence de l'épreuve, qu'il compte revenir l'année prochaine, mais qu'il n'aimerait "vraiment pas que ça arrive devant [sa] voiture" re-SIC !
Roger Kalmanovitz, le responsable de la sécurité, y va lui de son explication douteuse : " L'accident de vendredi avait eu lieu en pleine brousse. En Afrique, on arrive dans des endroits ou il n'y a rien et où les gens sortent de nulle part" (SIC). Les africains apprécieront la formule... Par ailleurs, est-ce que ce n'est pas justement aux africains de se dire celà : "Chez nous, on arrive parfois dans des endroits où on voit des bolides qui surgissent de nulle-part, et parfois tuent nos enfants".
Non seulement la course n'est pas remise en cause, mais, ses organisateurs n'autorisent même pas que cette hypothèse soit débattue. L'enjeu financier de la compétition n'y est évidemment pas étranger.
Reste que les sponsors n'apprécieront peut-être pas tous que leur marque soit associée à une épreuve qui véhicule désormais aussi une image de mort et de cynisme, et privilégieront alors peut-être d'autres évènements.
Je ne fais pas partie des intégristes anti-voitures, mais je dois reconnaître que ces propos illustrent paraitement le vieux slogan écolo : "la bagnole, ça pue, ça tue et ça rend con." Le racisme ordinaire est en prime.
Désolant.

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